Attachées de stress (2).

-Allo ? Rastignac ?
-Oui.
-Bonjour c’est « BIP !!! »
-Bonjour, ça va ? Euh… Il est 12H30, je suis en train de faire à manger à ma progéniture. Ma femme n’est pas là, c’est un peu le bordel là…
-Ah, pardon ! Tu as reçu nos programmes ?
-Euh… oui, je crois. Pourquoi ?
-J’aimerais te parler du livre de « BIP !!! »
-OK ! Mais rapidement, je suis en train de faire cuire quelque chose. Vas-y, je t’écoute.
-Tu as reçu les premières épreuves de son livre ?
-Oui, mais c’était hier. Tu vois, je n’ai pas eu le temps de le lire. Quand tu m’envoies quelque chose, il faut me laisser quelques jours, quand même… Deux secondes. Quoi ? Oui, j’arrive les enfants ! Bon, je t’écoute.
-Tu n’as même pas jeté un coup d’œil.
-Non, tu sais, je reçois une dizaine de livres par jour. Voire plus, parfois. Le tien est sur ma pile : « A lire ».
-Tu as deux minutes ?
-Oui « BIP !!! », mais franchement, pas plus.
-Tu peux inviter des gens qui écrivent des essais, j'sais plus.
-On dit « je ne sais plus ».
-Dis donc, t’es agressif aujourd’hui !
-Bon, pardon mais là, je suis vraiment très occupé. Oui… les essais, les romans, les biographies… je fais tout moi, tu le sais bien.
-Là, je t’ai envoyé un livre sur « BIP !!! ».
-Bon, je vais lire ça ce week-end et on se rappelle !
-D’accord, mais je vais t’en parler avant. C’est donc un homme très concerné par...« BIP !!! », président de « BIP !!!» qui a écrit… et bla bla bla…et bla bla bla… et encore bla bla bla …
Pendant 30 minutes.
Impossible d’interrompre cette diarrhée verbale.
Soudain, j’ai dit froidement, tout en violence contenue:
-Stop ! Je t’avais dit quoi ?
-Ben, je ne sais pas.
-Que je faisais cuire…
-Quelque chose ?
-C’est ça. Et donc ?
-Quoi ?
-C’était quand ?
-Il y a 5 minutes ?
-Non, il y a 30 minutes. Donc ?
-Donc, je ne sais pas.
-Donc, tout à cramé, mes enfants pleurent et ?
-Et quoi ?
-Et CLIC !
(Ca fait quoi l’onomatopée d’une téléphone portable que l’on raccroche violemment ?)
Cette tranche de vie s’est déroulée en fin de semaine.
J’ai hésité à mettre des BIP !!! dans mon dialogue. Après mûres réflexions, j’ai estimé que ce blog n’était pas fait, non plus, pour mettre en danger professionnel quiconque.
Expliquer un livre ne veut pas dire le raconter en long, en large et en travers. Il y a certaines attachées de presse qui sont plus fines que celle-ci. Beaucoup sentent quand ce n’est pas le moment, quand les circonstances ne se prêtent pas à un déballage d’arguments. C’est très appréciable.
Moralité : synthétiser l’information est le meilleur moyen de plaire à Rastignac. On a tous besoin de temps pour nos propres vies, non ?
Rastignac
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