Aller plus haut (oh-oh) !

Publié le par jeresiste


Je ne vous apprendrai rien, chers lecteurs, si je vous dis que les éditeurs parlent si peu de livres et tellement d’eux-mêmes. « Les éditeurs sont des écrivains pourvus d’une langue… ça leur évite d’écrire la moindre ligne ». Je ne sais plus bien qui disait ça (pas toi mon cher Dorian ?) mais j’abonde.

Eux, un si beau sujet il faut dire. Leur grandeur, leur décadence, leurs déboires, leurs finances… Ah, lancez-les à peine et ils sont intarissables. Dans ce grand déballage il est pourtant un sujet qu’ils n’abordent généralement que du bout des lèvres – à moins d’en avoir fait un véritable fond de commerce – leur famille. Et je ne parle pas que des pudeurs dynastiques des grandes lignées éditoriales (les Gallimard, Flammarion et autres Laffont), qui répugnent à évoquer les méritent de leurs aînées, de peur qu’on se penche de trop près sur les leurs.

Il y a quelques jours, un dîner me met en présence d’un éditeur encore assez jeune pour ne pas avoir totalement occulté ses proches 

- Tu vas bien ?
- Oui, je vais bien…

Il me dévisage avec un petit air illuminé, comme si je venais de lui apporter le Goncourt dans un panier. 

- Dis donc oui, ça a l’air. De bonnes nouvelles ?
-
Des nouvelles magnifiques. Je suis aux anges.

La dernière fois que j’ai vu un éditeur aux anges ça devait être… non en fait je n’étais pas né. Il sort son portefeuille de sa poche et je le sens dans un tel état que je m’attends presque à ce qu’il me tende un billet de 500 euros. C’est ça, si jeune et ce pauvre garçon a déjà pété un plomb… Il me tend la photo d’un marmot dans sa brassière de la maternité et me souffle, comme s’il s’agissait d’un secret. 

- C’est Wilbur.
-
Wil… bur ?
- Il est né il y a trois semaines, c’est magnifique.
-
Ah… oui dis donc, il est mignon.
-
Ca change la vie, tu peux pas savoir.
-
Ben, tu sais, j’en ai deux, je risque l’air de rien.
-
Non mais là…

J’ai l’habitude des jeunes parents shootés au miracle de la naissance, mais là j’ai juste l’impression de causer avec Raël. Quant au prénom du marmot… comment peut-on faire ça à son gosse ? Je l’interroge sur l’origine d’un tel choix. 

-
Enfin, Wilbur… comme l’aîné des frères Wright !
- Les frères Whrigth… tu veux dire les inventeurs de l’avion ? (ndr : Wilbur et Orville)
-
Oui ! Lui aussi il va s’envoler, tu vas voir ! Il va aller haut, tellement haut, j’en suis sûr.

Là c’est à moi de m’enflammer. J’ai un peu envie de lui chanter « Aller plus haut » de Tina Arena, mais comme ce n’est pas trop le genre de la soirée, je me retiens.

Un conseil aux bataillons d’auteurs qui recherchent un éditeur : arrêtez de leur parler de vos textes, faites-les parler de leurs enfants !

Ripley

Publié dans par Ripley

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nina 28/06/2011 02:39



N’ayant pu, malgré mes démarches en ce sens, faire valoir mes droits en justice - j’ai en effet contacté des responsables, des institutions et personne n’a pour l’instant voulu m’apporter
son soutien, pourtant nécessaire. Cela a eu toutefois le mérite de faire passer un petit peu mon témoignage - j’ai donc décidé de faire un scandale, le plus énorme possible et c’est pourquoi je
fais circuler l’adresse de deux blogs que, pour l’instant, j’ai pu publier à la suite de ces démarches infructueuses, dans l’espoir qu’à force de tapage, cela suscite suffisamment
d’interrogations de la part des gens pour que je puisse enfin voir les faits que je relate au moins examinés par la justice et être entendue. C’est tout ce que je demande.


 


http://blog-etc-temoignage.blogspot.com/


http://swaplitteraire-nina.blogspot.com/



links of london 05/07/2010 07:02



Mais quand même...
Pas facile d'être éditeur, pas facile d'être père, pas facile d'être "quelqu'un"





tiniak 03/03/2010 08:10


Ah dacccc' oOOoord !
mais... ils ont le temps d'avoir des enfants, ces gens-là ?


alain 27/03/2008 13:15

avez vous lu dans la nouvelle collection "En attendant le bus",le "Journal Désespéré d'un Écrivain Raté"? Petit pamphlet sur le monde de l'édition,plein d'humour.écrit par une anglaise,en français,il va faire l'objet ce Samedi d'un reportage de FR3 à Lyon qui passera en boucle toute la semaine et d'un café littéraire ce même samedi à Grignan

pommeliane 28/10/2007 20:57

Surtout ne résistez plus (à persfler) c'est tellement bon et jouïssif pour nous (et je suppose pour vous). Mes passages préférés sont lorsque vous vous attaquez à un éditeur (et oui, on se soulage comme on peut). Votre ton est un régal à lire même si on ne connaît que la moitié des gens dont vous parlez (nous ne voguons pas dans la sphère et heureusement  :-)))) Tout mes encouragements pour supporter ces horribles lecteurs aussi ...pommeliane