Attachées de stress (3)

Publié le par jeresiste

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-Allô Dorian ? C'est toi ?

Je reconnais de suite la voix grave et sensuelle de XX, attachée de stress aux éditions XX. Elle fume deux paquets par jour, cela s'entend mais, Dieu merci, ne se voit pas (encore). Elle est grande, mince, blonde, les cheveux ramassés dans un chignon décoiffé assez sexe, les yeux emeraude. Elle porte des strings qui se devinent sous des jupes un peu transparentes. A part ça, c'est une très bonne attachée de stress dans le sens où elle appelle regulièrement avec la tenacité d'un roquet. 

-Dorian, je dois absolument te parler du roman de XX.

Bâillement de ma part. 

-Non, ne bâille pas, Dorian, je te jure, sur la tête de mes fils (elle en a deux mais cela ne se voit pas non plus), je te jure que jamais il ne m'a été donné de défendre un roman pareil, surtout pour la rentrée litteraire. C'est un livre d'une fulgurance totale, difficile d'accès mais totalement humain, tu vois, d'une poésie urbaine transcendante (--petit claquement du briquet, petite inspiration---) dont la langue est comme une sorte de virus déspéré qui contamine le lecteur, tu vois, sans oublier l'emploi de la virgule le plus étonnant qu'il m'ait été donné de contempler depuis que je sais lire, tu comprends, une sorte de fatras exquis qui décortique  la nature du désir et les rapports entre le sexe , la violence et la religion, et notamment celle de la persistance, depuis le manichéisme du Big Bang jusqu'à nos jours, tu vois,  et qui imagine avec une intelligence inouie, quasi orgasmique, une société initiatique hétérodoxe, bref, un roman que tu dois lire avant tout le monde, Dorian, l'auteur est prêt à te rencontrer, je lui ai parlé de toi, il adore ta rubrique, il a une admiration folle pour toi, c'est pas grave si tu as descendu son dernier livre, il est prêt à tout oublier, moi aussi d'ailleurs, et on t'attend ce soir au Bar du Lutetia pour une petite coupe de champagne avant que tu partes à Casablanca pour tes vacances, hein mon Dorian, juste nous trois pour parler un peu de tout ça et de ce que tu pourrais faire, tu vois ? Dorian ? Allô, Dorian ?... Merde, ça a coupé, putain."

Publié dans par Dorian Gray

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Vagant 25/07/2007 16:44

J'aime beaucoup l'emploi de la virgule dans le dernier paragraphe ;)J’en profite (honteusement (un peu)) pour vous remercier d’avoir ajouté mon modeste blog à votre liste d’amis et d’ennemis. Je ne sais pas à quelle catégorie j’appartiens, probablement à celle des rien-du-tout qui s’enorgueillissent d’avoir peut-être été repérés par des pros de l’édition pour la supposée qualité de leur style, mais sans doute vaut-il mieux ne pas le savoir pour garder ses vaniteuses illusions.

Bolivie/Du Démon Chèvrebleue 21/07/2007 09:15

Elle ne voit que le soleil qui poudroie, et l'herbe qui verdoie ??

Daniel Fattore 20/07/2007 11:44

@Seb, après relecture: vous avez raison, ça fait vraiment trop pour un seul livre. L'attachée fait-elle l'article, en vrac, pour tout ce que sa musette contient?

Seb 20/07/2007 07:56

@ Daniel
Apparemment, je ne suis pas doué pour le second degré. Mieux vaut que je me contente d'écrire des romans déprimants, dans ce cas. Pour ma part, je n'ai jamais vu de livre qui corresponde à cette description de DG. D'où ma question au sujet de l'exagération que je subodore dans ses lignes.

Daniel Fattore 19/07/2007 21:52

Envie, Seb? C'est aussi ce que je me suis dit au début, puis j'ai eu l'impression d'avoir déjà vu tout cela quelque part... alors ça m'a refroidi un peu.

Reste qu'il serait intéressant de savoir quel ouvrage se cache derrière ce descriptif si dithyrambique. Permis de rêver...